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14.4.16

Base du Mariage

"Pendant des siècles on se disait : “Puisque nous sommes mariés, aimons-nous.”, puis on a dit depuis le XVIIIe siècle : “Puisque nous nous aimons, marions-nous.” et maintenant, on se dit : “Puisque nous nous aimons, pourquoi se marier ?” Au moment où on mise tout sur l’amour et peu sur l’institution, le lien conjugal se révèle fragilisé, comme si trop d’attente vis-à-vis de l’amour tuait l’amour, ou du moins accentuait sa fragilité. À tout miser sur l’amour, les désillusions sont amères. Les seules ressources du sentiment amoureux sont-elles suffisantes pour faire face aux difficultés et obstacles qui s’interposent dans la vie conjugale ? Le couple traversera des crises, des conflits, des déceptions. Alors, sur quoi fonder le couple ? Qu’est-ce qui lui permettra de durer, de s’épanouir, de se déployer réellement ?

"Paradoxalement, l’engagement dans le mariage crée cet espace-temps où le couple peut trouver sa propre réponse à ces questions : c’est parce que le couple s’est engagé dans la durée qu’il aura à cœur de construire son propre chemin de bonheur.

"Quand on est marié, on n’a plus à faire ses preuves pour réussir l’examen de passage. C’est très libérant et cela nous laisse toute la vie pour nous découvrir et nous surprendre."

Tiré de http://www.viesavie.com/question/pourquoi-se-marier/ Merci !

24.2.15

La Femme

Comment […] concevoir qu'une femme puisse être athée ? Qui appuiera ce roseau, si la religion n'en soutient la fragilité ? Etre le plus faible de la nature, toujours à la veille de la mort ou de la perte de ses charmes, qui le soutiendra, cet être qui sourit et qui meurt, si son espoir n'est point au delà d'une existence éphémère ? Par le seul intérêt de sa beauté, la femme doit être pieuse. Douceur, soumission, aménité, tendresse, sont une partie des charmes que le Créateur prodigua à notre première mère, et la philosophie est mortelle à cette sorte d'attraits. 

La femme, qui a naturellement l'instinct du mystère, qui prend plaisir à se voiler, qui ne découvre jamais qu'une moitié de ses grâces et de sa pensée, qui peut être devinée, mais non connue, qui, comme mère et comme vierge, est pleine de secrets, qui séduit surtout par son ignorance, qui fut formée pour la vertu et le sentiment le plus mystérieux, la pudeur et l'amour ; cette femme, renonçant au doux instinct de son sexe, ira d'une main faible et téméraire chercher à soulever l'épais rideau qui couvre la Divinité ! A qui pense-t-elle plaire par cet effort sacrilège ? Croit-elle, en joignant ses ridicules blasphèmes et sa frivole métaphysique aux imprécations des Spinosa et aux sophismes des Bayle, nous donner une grande idée de son génie ? Sans doute elle n'a pas dessein de se choisir un époux : quel homme de bon sens voudrait s'associer à une compagne impie ? 

L'épouse incrédule a rarement l'idée de ses devoirs ; elle passe ses jours ou à raisonner sur la vertu sans la pratiquer, ou à suivre ses plaisirs dans le tourbillon du monde. Sa tête est vide, son âme creuse ; l'ennui la dévore ; elle n'a ni Dieu ni soins domestiques pour remplir l'abîme de ses moments. 

Le jour vengeur approche ; le Temps arrive, menant la vieillesse par la main. Le spectre aux cheveux blancs, aux épaules voûtées, aux mains de glace, s'assied sur le seuil du logis de la femme incrédule ; elle l'aperçoit et pousse un cri. Mais qui peut entendre sa voix ? Est-ce un époux ! Il n'y en a plus pour elle : depuis longtemps il s'est éloigné du théâtre de son déshonneur. Sont-ce des enfants ? Perdus par une éducation impie et par l'exemple maternel, se soucient-ils de leur mère ? Si elle regarde dans le passé, elle n'aperçoit qu'un désert où ses vertus n'ont point laissé de traces. Pour la première fois, sa triste pensée se tourne vers le ciel ; elle commence à croire qu'il eût été plus doux d'avoir une religion. Regret inutile ! la dernière punition de l'athéisme dans ce monde est de désirer la foi sans pouvoir l'obtenir. 

Quand, au bout de sa carrière, on reconnaît les mensonges d'une fausse philosophie, quand le néant, comme un astre funeste, commence à se lever sur l'horizon de la mort, on voudrait revenir à Dieu, et il n'est plus temps : l'esprit abruti par l'incrédulité rejette toute conviction. Oh ! qu'alors la solitude est profonde, lorsque la Divinité et les hommes se retirent à la fois ! Elle meurt, cette femme, elle expire entre les bras d'une garde payée ou d'un homme dégoûté par ses souffrances, qui trouve qu'elle a résisté au mal bien des jours. Un chétif cercueil renferme toute l'infortunée ; on ne voit à ses funérailles ni une fille échevelée ni des gendres et des petits-fils en pleurs ; digne cortège qui, avec la bénédiction du peuple et le chant des prêtres, accompagne au tombeau la mère de famille. Peut-être seulement un fils inconnu, qui ignore le honteux secret de sa naissance, rencontre par hasard le convoi, il s'étonne de l'abandon de cette bière ; et demande le nom du mort à ceux qui vont jeter aux vers le cadavre qui leur fut promis par la femme athée. 

Que différent est le sort de la femme religieuse ! Ses jours sont environnés de joie, sa vie est pleine d'amour : son époux, ses enfants, ses domestiques, la respectent et la chérissent ; tous reposent en elle une aveugle confiance, parce qu'ils croient fermement à la fidélité de celle qui est fidèle à son Dieu. La foi de cette chrétienne se fortifie par son bonheur, et son bonheur par sa foi ; elle croit en Dieu parce qu'elle est heureuse, et elle est heureuse parce qu'elle croit en Dieu. 

Il suffit qu'une mère voie sourire son enfant pour être convaincue de la réalité d'une félicité suprême. La bonté de la Providence se montre tout entière dans le berceau de l'homme. Quels accords touchants ! ne seraient-ils que les effets d'une insensible matière ? L'enfant naît, la mamelle est pleine ; la bouche du jeune convive n'est point armée, de peur de blesser la coupe du banquet maternel ; il croît, le lait devient plus nourrissant ; on le sèvre, la merveilleuse fontaine tarit. 

Cette femme si faible a tout à coup acquis des forces qui lui font surmonter des fatigues que ne pourrait supporter l'homme le plus robuste. Qu'est-ce qui la réveille au milieu de la nuit, au moment même où son fils va demander le repas accoutumé ? D'où lui vient cette adresse qu'elle n'avait jamais eue ? Comme elle touche cette tendre fleur sans la briser ! Ses soins semblent être le fruit de l'expérience de toute sa vie, et cependant c'est là son premier-né ! Le moindre bruit épouvantait la vierge : où sont les armées, les foudres, les périls, qui feront pâlir la mère ? Jadis il fallait à cette femme une nourriture délicate, une robe fine, une couche molle ; le moindre souffle de l'air l'incommodait : à présent un pain grossier, un vêtement de bure, une poignée de paille, la pluie et les vents, ne lui importent guère, tandis qu'elle a dans sa mamelle une goutte de lait pour nourrir son fils, et dans ses haillons un coin de manteau pour l'envelopper.

[...] O femmes ! j'en appelle à vos entrailles maternelles, le système de l'athée ne sera point le vôtre ; il n'est fait que pour des coeurs de glace : celui qui l'inventa doit n'avoir jamais aimé. Vous croirez à cette religion qui couvre de lin blanc et de fleurs le cercueil de vos nourrissons, qui chante des cantiques de joie sur leurs aimables tombeaux ; qui vous apprend qu'ils ne sont point morts, mais transformés en petits anges. Vous chérirez cette foi divine, qui pour objet d'adoration vous offre une femme de douceur et de joie qui tient dans ses bras son nouveau-né : c'est là le véritable culte des mères. 
– Chateaubriand, Le Génie du Christianisme

29.1.15

La générosité d'un père

Un héros de tous les temps


"L'homme est en mer. Depuis l'enfance matelot,
Il livre au hasard sombre une rude bataille.
Pluie ou bourrasque, il faut qu'il sorte, il faut qu'il aille,
Car les petits enfants ont faim. Il part le soir
Quand l'eau profonde monte aux marches du musoir.
Il gouverne à lui seul sa barque à quatre voiles.
La femme est au logis, cousant les vieilles toiles,
Remmaillant les filets, préparant l'hameçon,
Surveillant l'âtre où bout la soupe de poisson,
Puis priant Dieu sitôt que les cinq enfants dorment.
Lui, seul, battu des flots qui toujours se reforment,
Il s'en va dans l'abîme et s'en va dans la nuit.
Dur labeur ! tout est noir, tout est froid ; rien ne luit.
Dans les brisants, parmi les lames en démence,
L'endroit bon à la pêche, et, sur la mer immense,
Le lieu mobile, obscur, capricieux, changeant,
Où se plaît le poisson aux nageoires d'argent,
Ce n'est qu'un point ; c'est grand deux fois comme la chambre.
Or, la nuit, dans l'ondée et la brume, en décembre,
Pour rencontrer ce point sur le désert mouvant,
Comme il faut calculer la marée et le vent !
Comme il faut combiner sûrement les manœuvres !
Les flots le long du bord glissent, vertes couleuvres ;
Le gouffre roule et tord ses plis démesurés,
Et fait râler d'horreur les agrès effarés.
Lui, songe à sa Jeannie au sein des mers glacées,
Et Jeannie en pleurant l'appelle ; et leurs pensées
Se croisent dans la nuit, divins oiseaux du cœur."

-- Victor Hugo, La légende des siècles, première série, XIII, 3, "Les pauvres gens"(1859)

 Le rêve du héros c'est d'être grand partout et petit chez son père. -- V.Hugo

13.1.15

Aux femmes

S’il arrivait un jour, en quelque lieu sur terre,
Qu’une entre vous vraiment comprît sa tâche austère,
Si, dans le sentier rude avançant lentement,
Cette âme s’arrêtait à quelque dévouement,
Si c’était la Bonté sous les cieux descendue,
Vers tous les malheureux la main toujours tendue,
Si l’époux, si l’enfant à ce cœur ont puisé,
Si l’espoir de plusieurs sur Elle est déposé,
Femmes, enviez-la. Tandis que dans la foule
Votre vie inutile en vains plaisirs s’écoule,
Et que votre cœur flotte, au hasard entraîné,
Elle a sa foi, son but et son labeur donné.
Enviez-la. Qu’il souffre ou combatte, c’est Elle
Que l’homme à son secours incessamment appelle,
Sa joie et son appui, son trésor sous les cieux,
Qu’il pressentait de l’âme et qu’il cherchait des yeux,
La colombe au cou blanc qu’un vent du ciel ramène
Vers cette arche en danger de la famille humaine,
Qui, des saintes hauteurs en ce morne séjour,
Pour branche d’olivier a rapporté l’amour.

Et que votre cœur flotte, au hasard entraîné,
Elle a sa foi, son but et son labeur donné.
Enviez-la ! Qu’il souffre ou combatte, c’est Elle
Que l’homme à son secours incessamment appelle,
Sa joie et son espoir, son rayon sous les cieux,
Qu’il pressentait de l’âme et qu’il cherchait des yeux,
La colombe au cou blanc qu’un vent du ciel ramène
Vers cette arche en danger de la famille humaine,
Qui, des saintes hauteurs en ce morne séjour,
Pour branche d’olivier a rapporté l’amour.

-- Louise Ackermann, Paris, 1835



Fidélité

Devant les trahisons et les têtes courbées,
Je croiserai les bras, indigné, mais serein.
Sombre fidélité pour les choses tombées,
Sois ma force et ma joie et mon pilier d’airain ! [...]
Je ne reverrai pas ta rive qui nous tente,
France ! hors le devoir, hélas ! j’oublierai tout.
Parmi les éprouvés je planterai ma tente :
Je resterai proscrit, voulant rester debout.
J’accepte l’âpre exil, n’eût-il ni fin ni terme,
Sans chercher à savoir et sans considérer
Si quelqu’un a plié qu’on aurait cru plus ferme,
Et si plusieurs s’en vont qui devraient demeurer.
Si l’on n’est plus que mille, eh bien, j’en suis ! Si même
Ils ne sont plus que cent, je brave encor Sylla ;
S’il en demeure dix, je serai le dixième ;
Et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là !

-- Victor Hugo


24.12.14

La vie simple

Enfants ! aimez les champs, les vallons, les fontaines,
Les chemins que le soir emplit de voix lointaines,
Et l'onde et le sillon, flanc jamais assoupi,
Où germe la pensée à côté de l'épi.

Prenez-vous par la main et marchez dans les herbes ;
Regardez ceux qui vont liant les blondes gerbes ;
Épelez dans le ciel plein de lettres de feu,
Et, quand un oiseau chante, écoutez parler Dieu.

La vie avec le choc des passions contraires
Vous attend ; soyez bons, soyez vrais, soyez frères ;
Unis contre le monde où l'esprit se corrompt,
Lisez au même livre en vous touchant du front,
Et n'oubliez jamais que l'âme humble et choisie
Faite pour la lumière et pour la poésie,
Que les cœurs où Dieu met des échos sérieux
Pour tous les bruits qu'anime un sens mystérieux,
Dans un cri, dans un son, dans un vague murmure,
Entendent les conseils de toute la nature !

Le 31 mai 1839.

-- Victor Hugo, Les Rayons et les ombres, "Ce qui se passait aux Feuillantines"

19.8.14

Qu'est-ce que l'amour ?

Quand vos mots blesseraient, c'est garder le silence ;
Quand un autre s'emporte, user de la patience ;
Quand la rumeur s'abat, défendre l'accusé ;
Quand il est malheureux, vouloir le relever ;
Quand sonne son appel, courir vers le devoir,
Fidèle et courageux quand le ciel devient noir.

-- Anonyme

18.8.14

Contentement

Car le figuier ne fleurira pas, et il n'y aura point de produit dans les vignes ; le fruit de l'olivier fera défaut, et les champs ne donneront point de nourriture ; la brebis manquera au parc, et il n'y aura plus de bœufs dans l'étable.
Mais moi je me réjouirai en l'Éternel, je tressaillirai de joie dans le Dieu de ma délivrance. L'Éternel, le Seigneur, est ma force ; il rend mes pieds semblables à ceux des biches, et me fait tenir sur mes hauteurs.

 -- La Bible (Habacuc 3.17-19)

Ineffables accents

Disons-le en passant, être aveugle et être aimé, c'est en effet, sur cette terre où rien n'est complet, une des formes les plus étrangement exquises du bonheur.

Avoir continuellement à ses côtés une femme, une fille, une sœur, un être charmant, qui est là parce que vous avez besoin d'elle et parce qu'elle ne peut se passer de vous, se savoir indispensable à qui nous est nécessaire, pouvoir incessamment mesurer son affection à la quantité de présence qu'elle nous donne, et se dire : puisqu'elle me consacre tout son temps, c'est que j'ai tout son cœur ; voir la pensée à défaut de la figure, constater la fidélité d'un être dans l'éclipse du monde, percevoir le frôlement d'une robe comme un bruit d'ailes, l'entendre aller et venir, sortir, rentrer, parler, chanter, et songer qu'on est le centre de ces pas, de cette parole, de ce chant, manifester à chaque minute sa propre attraction, se sentir d'autant plus puissant qu'on est plus infirme, devenir dans l'obscurité, et par l'obscurité, l'astre autour duquel gravite cet ange, peu de félicités égalent celle-là. 
 
Le suprême bonheur de la vie, c'est la conviction qu'on est aimé ; aimé pour soi-même, disons mieux,aimé malgré soi-même ; cette conviction, l'aveugle l'a. Dans cette détresse, être servi, c'est être caressé. Lui manque-t-il quelque chose ? Non. Ce n'est point perdre la lumière qu'avoir l'amour. Et quel amour ! un amour entièrement fait de vertu. Il n'y a point de cécité où il y a certitude.

L'âme à tâtons cherche l'âme, et la trouve. Et cette âme trouvée et prouvée est une femme.Une main vous soutient, c'est la sienne ; une bouche effleure votre front, c'est sa bouche ; vous entendez une respiration tout près de vous, c'est elle. Tout avoir d'elle, depuis son culte jusqu'à sa pitié, n'être jamais quitté, avoir cette douce faiblesse qui vous secourt, s'appuyer sur ce roseau inébranlable, toucher de ses mains la providence et pouvoir la prendre dans ses bras, Dieu palpable, quel ravissement !

Le cœur, cette céleste fleur obscure, entre dans un épanouissement mystérieux. On ne donnerait pas cette ombre pour toute la clarté. L'âme ange est là, sans cesse là ; si elle s'éloigne, c'est pour revenir ; elle s'efface comme le rêve et reparaît comme la réalité. On sent de la chaleur qui approche, la voilà.On déborde de sérénité, de gaîté et d'extase ; on est un rayonnement dans la nuit.

Et mille petits soins. Des riens qui sont énormes dans ce vide. Les plus ineffables accents de la voix féminine employés à vous bercer, et suppléant pour vous à l'univers évanoui. On est caressé avec de l'âme. On ne voit rien, mais on se sent adoré. C'est un paradis de ténèbres.

-- Victor Hugo, Les Misérables

2.6.14

La Famille

"La conscience nous fait une obligation de fonder une famille ; c'est un devoir social de transmettre à d'autres la vie que nous avons reçu, d'assurer la prospérité économique, la force matérielle et le prestige moral de notre pays. 

"Jeunes gens, épousez des jeunes filles bien constituées, ménagères actives et coeurs aimants, sans coquetterie et sans duplicité. 

"Quiconque ne fait pas sanctionner son union par la loi commet une grave faute. Il s'expose aux tentations de ses pires instincts."

(Extrait de Auriez-vous eu votre diplôme de savoir-vivre en 1930 ? Editions Larousse 2014)

15.5.14

A celle que j'aime

Dans ta mémoire immortelle,
Comme dans le reposoir
D'une divine chapelle,
Pour celui qui t'est fidèle,
Garde l'amour et l'espoir.

Garde l'amour qui m'enivre,
L'amour qui nous fait rêver ;
Garde l'espoir qui fait vivre ;
Garde la foi qui délivre,
La foi qui doit nous sauver.

L'espoir, c'est de la lumière,
L'amour, c'est une liqueur,
Et la foi, c'est la prière.
Mets ces trésors, ma très chère,
Au plus profond de ton coeur.

-- Nérée Beauchemin, Les floraisons matutinales

14.5.14

Pourquoi je ne pouvais pas me battre (2)

A l'officier de renseignement



1 - Le sujet en question


« Pourquoi n'êtes-vous pas en mesure de combattre? »
On me lança ces mots d'une voix grave et bourrue. C'était l'officier de renseignement, corpulent, juché à son grand bureau.
On était un matin d'hiver en 1918 au campement Greanleaf, au fort Oglethorpe en Géorgie. Le caporal de notre détachement d'objecteurs de conscience m'annonça que j'étais appelé à comparaître devant l'officier de renseignement. Je me préparai rapidement à partir. Un garde personnel, baïonnette au fusil, devait me mener à l'endroit, qui se trouvait à quelques kilomètres de nos tentes. Il se mit à marcher derrière moi en tenant à deux mains son fusil, dirigé dans mon dos, la baïonnette me frôlant le manteau. Cette démarche donnait l'impression d'une personne dangereuse qu'on emmenait. Je savais que le garde n'avait pas de mauvaise volonté envers moi. J'imagine qu'il devait avoir honte, car il savait bien que je n'essaierais pas de m'évader. Mais il avait reçu des ordres de son supérieur. Nous ne nous sommes pas parlé sauf quand il me disait où tourner.
Nous arrivâmes enfin et l'on m'introduisit dans le bureau.
« Que faites-vous ici ? me demanda-t-on de l'autre côté du bureau.
- Monsieur, je ne sais pas ; mais on m'a dit que vous m'aviez appelé. »

Il me regarda de travers puis s'enquit brusquement :
« Pourquoi ne pouvez-vous pas combattre? » Je me mis à répondre à sa question, mais mes explications l'intéressaient pas. Il haussa la voix et me demanda brutalement : « Vous ne vous battez donc jamais ? »
- Non, monsieur.
- Mon œil !
- Monsieur, je n'ai pas dit que je ne me sois jamais battu. J'ai dit que je ne me bats pas.
- Dites-moi, à quelle occasion vous êtes-vous battu ?
- Quand j'étais petit je faisais parfois la bagarre à mes frères et à mes camarades de classe. Mais maintenant, monsieur, je ne me bats pas.
- Vous arrive-t-il de mentir ?
- Non, monsieur, je ne mens pas.
- Là tout de suite, vous mentez.
- Monsieur, je n'ai pas dit n'avoir jamais menti. J'ai dit seulement que je ne dis pas de mensonges. »


Ce fut la fin de ce sujet-là, mais la conversation continua un bon moment de la sorte. De toute apparence, il essayait de me mettre en colère pour que je réponde vertement ou manifeste d'une autre manière de la colère.
« Ce qu'on devrait faire des gens de ta sorte, c'est de vous adosser à ce mur et éclater votre cervelle à la carabine. »
Je restai muet, mais je ne réponds pas de mon visage, dont l'expression a pu trahir quelque chose à mon insu. Je sais qu'il n'y avait dans mon cœur aucune colère, mais, j'avoue qu'il s'y trouvait de la peur.
L'officier prenait des notes à chaque fois que je répondais à l'une de ses nombreuses interrogations. Il repoussa à présent son document d'un geste de dégoût, comme pour le mettre de côté. Il se leva alors et dit : « Attendez ici que je revienne. »
Par hasard, la feuille glissa assez près pour que je puisse la lire, mais quelque chose m'avertit immédiatement de ne pas en prendre connaissance ni même de la regarder.
Au bout d'une dizaine de minutes, l'officier revint et s'assit. Il tira à lui le document. Puis il recommença du début et se remit, d'une humeur orageuse, à me bassiner du même genre de questions qu'auparavant.
Je voyais maintenant qu'il regardait constamment la fiche en me parlant. J'étais bien heureux de ne pas l'avoir lue. C'était sans doute un piège qu'il m'avait tendu là.
Tout d'un coup, sa face changea d'aspect, et sa voix prit un ton doux et chaleureux. « Votre gouvernement, me dit-il, vous a trouvé digne de travailler dans une ferme au lieu de passer votre temps ici au campement. » Il me parlait très gentiment comme un père à un fils bien-aimé. Il semblait qu'il m'aimât, dans un certain sens. Il m'informa que je serais à la ferme sous une quinzaine de jours, et puis il me donna des conseils excellents sur ma conduite dans ce lieu. Il m'avertit que je serais surveillé par des personnes qui feraient un rapport au camp.
« Vous pouvez repartir à présent, et je vous souhaite un bon séjour à la ferme. »
« Merci, monsieur. » Je repris le chemin de ma tente, marchant de nouveau devant mon garde. En allant vers ce bureau, le chemin avait été difficile et rugueux. Mais la voie du retour était bien différente ; je marchais comme sur des nuages.
Ma réponse à la question « Pourquoi ne pouvez-vous pas combattre ? » n'était qu'un vain effort de clarté, mais j'essayais d'être courtois. Si j'avais eu moins peur et lui avais donné une réponse complète, il n'aurait sûrement eu ni le temps ni la patience de tout écouter. Il ne s'intéressait pas vraiment à obtenir une réponse plus exhaustive. S'il me réprimandait, c'était avant tout parce que je ne me laissais pas guider par les officiers dans les différentes activités de cette base militaire.
Disons aussi que j'aurais été bien incapable à l'époque de donner mes raisons aussi clairement que je le peux maintenant, cinquante-cinq ans plus tard. Je les avais déjà à l'esprit à l'époque, mais sans réussir à les exprimer complètement.
Pour cet écrit, je supposerai que c'est sincèrement qu'on me pose la question, « Pourquoi ne pouvez-vous pas vous battre ? », et non sur le ton de la réprimande.
-- L.A.Kniss

7.5.14

Un enfant apportera le bonheur dans la paix

Écrit en l'an 37 avant Jésus-Christ.

Le dernier âge prédit par la Sibylle est arrivé : le grand ordre des siècles recommence.
Déjà revient aussi la Vierge, revient aussi le règne de Saturne :
déjà du haut des cieux descend une nouvelle race.

Chaste Lucine, favorise seulement la naissance de cet enfant sous lequel cessera l'âge
de fer et renaîtra l'âge d'Or pour le monde entier.
C'est sous tes auspices que les traces de nos forfaits, s'il en reste encore, disparaîtront pour toujours,
délivrant l'univers d'une éternelle alarme.

Cet enfant vivra de la vie des dieux, il verra les héros mêlés avec les dieux ; ils le verront lui-même
et il gouvernera le monde pacifié par les vertus de son père.

Enfant, la terre t'offrira le lierre, mêlé aux plantes d’Égypte et de Grèce, les chèvres apporteront
leurs mamelles pleines de lait, les troupeaux ne craindront plus le lion superbe,
et ton berceau sera couvert de fleurs caressantes. La grappe vermeille se suspendra aux buissons incultes
et les chênes durs laisseront perler une rosée de miel.

Toute terre produira toutes choses. Les champs ne sentiront plus la herse, ni la vigne la serpe,
les taureaux seront libérés du joug, dans les prés, le bélier changera lui-même la couleur
de sa toison de laine, etc.

Cher enfant des dieux, prépare-toi aux magistratures suprêmes, noble rejeton du grand Jupiter,
vois comme tout se réjouit de la venue de ce siècle.

Que le cours de ma vie soit assez long pour célébrer tes actions par mes chants, que ne vaincront
ni ceux du thrace Orphée, inspirés par sa mère Calliope, ni ceux de Linus inspirés par Apollon,
ni même ceux de Pan qui au jugement de l'Arcadie s'avouerait vaincu.

– VIRGILE (70 – 19 av. J.-C.), Bucolique IV


A cette même époque et de façon tout-à-fait indépendante, la sibylle grecque Tiburtine
avait annoncé à Octave la venue du Christ, messager de paix.

--
"Le loup habitera avec l'agneau, [...] Et un petit enfant les conduira." (Esaïe 11.6)
--

XVIII 
Dans Virgile parfois, dieu tout près d’être un ange,
Le vers porte à sa cime une lueur étrange.
C’est que, rêvant déjà ce qu’à présent on sait,
Il chantait presque à l’heure où Jésus vagissait.
C’est qu’à son insu même il est une des âmes
Que l’orient lointain teignait de vagues flammes.
C’est qu’il est un des cœur que, déjà sous les cieux,
Dorait le jour naissant du Christ Mystérieux!
Dieu voulait qu’avant tout, rayon du fils de l’homme,
L’aube de Bethléem blanchît le front de Rome.

Nuit du 21 au 22 mars 1837
– VICTOR HUGO

25.3.14

Générosité

Un passage un peu cryptique peut-être au premier abord, mais que je trouve d'une délicate beauté. Merci à la personne qui, en me le transmettant, suivait déjà ainsi les préceptes ci-dessous.

Je pourrais te citer mille traits de ta générosité, mille paroles d'apôtre qui sont sorties de ta bouche. Ah ! mon ami, peux-tu désavouer tant de richesses ? Peux-tu montrer, à la fois, tant d'amertume et tant de prodigalité ?
Chaque jour, tu découvres chez les autres des éléments de bonheur qu'ils méconnaissent ou négligent. Alors, n'hésite pas : montre-leur quel parti fructueux ils doivent tirer de leurs biens. [...]
 
Évalue ta richesse à l'importance de ce que tu donnes. Dessaisis-toi hardiment. Tout te sera rendu sur l'heure et au centuple. Si les grands apôtres ont pu porter la bonne nouvelle, c'est qu'ils avaient la foi ; mais rien n'a pu mieux exalter leur foi que de porter la bonne nouvelle.

Si tu as pris de l'intérêt à une lecture, une promenade, si tu as trouvé de l'étonnement à un spectacle, convie tous ceux que tu connais à faire cette lecture ou cette promenade, à contempler ce spectacle. Apporte du discernement dans tes invitations. Défie-toi un peu des sceptiques, des esprits ironiques, cruels ou contradicteurs. Défie-toi d'eux, mais ne les abandonne pas : ils sont ces brebis égarées dont le retour doit réjouir suprêmement ton cœur. Lorsque tu leur auras fait avouer : "Oui ! voilà qui est très beau ! Oui ! voilà qui est très intéressant, voilà qui vaut la peine de vivre !" tu pourras t'endormir en souriant ; tu n'auras pas perdu ta journée.

Quelquefois, tu feras une découverte si ténue, si délicate que, par avertissement secret, tu sauras qu'elle n'est pas communicable, qu'elle est strictement individuelle, qu'elle doit rester une relation intime du monde à ton âme. En ce cas, réserve-toi. 
Un jour viendra, peut-être, où ta pensée se précisera en s'amplifiant ; ce jour-là, tu seras mystérieusement informé que ton bien a perdu son caractère privé, qu'il devient propre à nourrir la communion. Ce jour-là, tu parleras.

-- Georges Duhamel, La Possession du monde

20.3.14

Le mystère du chaume

Si donc ton ennemi a faim, donne-lui à manger; s'il a soif, donne-lui à boire ; car en faisant cela, tu lui  amasseras des charbons de feu sur la tête. – Romains 12:20

Faites du bien à ceux qui vous haïssent. – Matthieu 5:44 

S'il avait été éveillé, le prédicateur Pierre aurait certainement entendu les pas rapides qui résonnaient dans la rue pavée du petit village d'Emmenthal, en Suisse, alors que des silhouettes sombres se profilaient dans la nuit. Chaque instant rapprochait les jeunes hommes de la maison obscurcie du vieux prêtre mennonite et de sa femme. La vie était très difficile pour eux car, au dix-huitième siècle, les Mennonites étaient toujours persécutés en Suisse. 

« Nous verrons maintenant de quelle pâte il est fait ! murmura l'un des jeunes hommes. Peut-être ne sera-t-il plus aussi aimable après notre visite de ce soir ! Puis il rit sourdement.
- C'est cette maison-ci, chuchota un autre. »
A pas de loup, ils s'approchèrent, en scrutant des yeux l'obscurité.
« Personne ne bouge. Faisons bien notre besogne. »
Les hommes se hissèrent rapidement sur le toit et bientôt des bruits sourds de chaume tombante se mêlaient aux autres sons nocturnes. Ils travaillaient vite de peur que quelqu'un ne surprenne leur traîtrise.

A l'intérieur, Pierre remua dans son sommeil. Une rumeur étrange se faisaient entendre ; il s'assit dans son lit.
« Quelque chose ne va pas, pensa-t-il. Il y a des crissements sur le toit. »
Prudemment, il traversa la chambre sur la pointe des pieds et atteignit la porte d'entrée. Il souleva le loquet. Ces alors qu'il distingua, dans le noir, sur le toit, les formes de plusieurs hommes qui travaillaient avec ardeur.

« Que signifie cela ? pensa-t-il, déconcerté. Ils sont à défaire mon chaume ! »

Puis il comprit peu à peu. Il n'était pas sans savoir que beaucoup de gens à Emmenthal n'admettaient pas que lui et les siens refusent la guerre. Quand on les menaçait de prison ou de mort, Pierre et ses amis disaient simplement : « Nous aimerions mieux mourir de la mort la plus cruelle plutôt que de désobéir à Dieu. »

« Et maintenant ils sont encore venus m'embêter, pensa le prédicateur. »

Levant les yeux au ciel, Pierre pria Dieu de l'aider à faire ce qui serait bien. Alors, il pénétra à pas rapides dans la petite demeure.

« Mère, dit-il, en haussant un peu la voix, des travailleurs sont venus nous voir ; il serait bon que tu leur prépares un repas. »

Les circonstances extraordinaires des dernières minutes avaient étonné son épouse, jusqu'à ce qu'elle saisisse. A présent elle comprenait. Elle se mit aussitôt assidûment au travail dans la cuisine. Sous peu, un bon repas ornait la table. Ouvrant de nouveau la porte, le vieillard appela les garçons sur le toit : « Vous avez travaillé longtemps et durement. Vous devez avoir faim. Entrez, à présent, et mangez ! »

Ahuris et hésitants, les jeunes hommes s'exécutèrent sans grâce ; dégringolèrent de leur perche aérienne et pénétrèrent, tout penauds, dans la petite pièce. Ils se tinrent là, mal à leur aise, disposés autour de la table sur laquelle les cierges allumés répandaient une lueur chaleureuse. Pierre les pressant de s'asseoir, ils finirent par prendre place, s'assirent inconfortablement, fixant leurs assiettes. Le maître de maison inclina la tête et joignit les mains pendant que les invités restaient silencieux.

Alors, de sa voix pleine d'amour, le vieil homme pria sincèrement, tendrement et avec ferveur pour ses invités et pour sa famille. Une fois les dernières paroles de la prière prononcées, les convives levèrent des visages rougis de honte. On fit passer la nourriture, qui se retrouva dans leurs assiettes, mais il semblait qu'ils ne pouvaient manger.

Soudain, comme par un signal et d'un commun accord, les hommes repoussèrent leurs chaises et s'en furent par le seuil où ils étaient passés quelques moments auparavant. On entendit de nouveau des pas sur la toiture, et le tumulte lourd du chaume que l'on déplace. Mais à présent ce n'était plus le son du chaume qui tombe. Ils refaisaient le toit ! Alors, si le prédicateur Pierre écoutait (et il me semble bien que c'était le cas !), il aurait pu entendre les pas pressés de ses invités qui descendaient en courant la rue pavée pour disparaître dans la nuit.

-- Histoire vraie, tirée du recueil Braises ardentes, de E.H.Bauman

18.3.14

Changez votre vie - changez le monde !




Note sur la naissance de ce document, réalisé dans le cadre d'un atelier universitaire dans lequel l'enseignant demandait de produire un manifeste, après avoir étudié les déclarations forcenées du mouvement dada. Deux chrétiennes se sont unies pour écrire le dossier ci-dessus. Qu'il puisse en inspirer d'autres--c'est tout ce qu'elles demandent !


17.3.14

L'Amour fraternel

La plus ancienne joie dont je me souviens fut de voir ce beau petit frère endormi dans son berceau. Dès qu'il put marcher, je devins son protecteur ; dès qu'il put parler, il me consola. Que de jours sombres changés en jours d'allégresse parce que cet enfant m'a aimé ! Que d'heures pénibles, pleines de mauvais conseils et promises au mal, ont été abrégées par sa présence, et terminées innocemment dans les douces fêtes du cœur !

Nous allions ensemble à l'école, nous revenions ensemble au logis ; le matin, je portais le panier, parce que nos provisions le rendaient plus lourd ; c'était lui qui le portait le soir. Toujours nous faisions cause commune. Je ne le laissais point insulter ; et lui, quand j'avais quelque affaire, sans s'informer du sujet de la querelle, sans considérer ni la taille ni le nombre de mes ennemis, il m'apportait résolument le concours de ses petits poings, et je devenais tout à la fois accommodant et redoutable, tant je tremblais qu'il n'attrapât des coups dans la bagarre.

Certes, je n'ai pas subi une punition qui ne l'ait indigné comme une grande injustice. Si j'étais au pain sec, il savait bien me garder la moitié de ses noix et la moitié de sa moitié de pomme. Une fois, il vint en pleurant ; et pourtant il apportait un morceau de sucre, un grappillon de raisin et quelque reste de rôti. Festin de roi ! Je m'informai de ce qui le faisait pleurer : « Ah ! me dit-il, la soupe était si bonne, mon frère ! » Telle était notre mutuelle affection, que les préférences dont son caractère et sa gentillesse étaient l'objet ne le rendaient pas orgueilleux, ni moi jaloux.

Souvent, j'aurais fait l'école buissonnière ; mais il m'aurait suivi et j'aimais mieux, ô merveille ! quel que fût le beau temps, remplir mon devoir avec lui que de lui faire partager la responsabilité de mon crime. Nous traversions des jardins pleins de choses tentantes, et je regardais tout d'un oeil stoïque. Ce n'était pas pour éviter de lui donner mauvais exemple : c'est qu'il aurait pu, à son âge, fuir aussi lestement que moi.

Nous avons grandi, nous avons vieilli, nous tenant par la main et par le coeur. Nous sommes encore ces deux frères qui se rendaient à l'école ensemble, portant leurs provisions dans le même panier, ayant les mêmes adversaires, les mêmes soucis, la même fortune et les mêmes plaisirs ; l'un ne peut souffrir, que l'autre ne pleure ; l'un ne peut se réjouir, que l'autre ne soit heureux.
-- Louis VEUILLOT, Les Libres penseurs.




« Un frère est un ami donné par la nature, un ami que nul ne suplée, qu'une fois perdu nul ne remplace. L'union fraternelle est la force et la santé des familles. » – Plutarque

« Pour ce qui est de l'amour fraternel, vous n'avez pas besoin qu'on vous en écrive; car vous avez vous-mêmes appris de Dieu à vous aimer les uns les autres. » (1 Thessaloniciens 4:9)

26.2.14

Prière d'un soldat

En 1972, un journal clandestin de la Samizdat publia le texte d'une prière. Celle-ci avait été trouvée dans le manteau d'un soldat russe, Aleksander Zatzepta, qui l'avait composée quelques instants avant la bataille au cours de laquelle il perdit la vie dans la Seconde Guerre mondiale :

"O Dieu, entends-moi ! Jamais de ma vie je ne t'ai encore parlé, mais aujourd'hui je ressens le besoin de t'adorer.

Tu sais que depuis mon enfance même ils m'ont toujours dit que tu n'existes pas... Et moi, stupide, je les croyais.

Je ne me suis jamais émerveillé de tes grandes œuvres.

Mais ce soir j'ai levé les yeux depuis une tranchée jusqu'au ciel plein d'étoiles au-dessus de ma tête!

Et fasciné par leur brillante magnificence ; tout à coup j'ai compris comme est terrible la tromperie ...

Je ne sais pas, O Dieu, si tu me donneras la main. Mais je dis ceci, et tu comprends.

N'est-ce pas étrange, qu'au milieu d'un enfer terrible la lumière m'apparaisse et que je t'aie découvert ?

A part cela je n'ai rien à te dire. Je suis content simplement parce que je t'ai connu.

A minuit nous devons attaquer, mais je n'ai aucune crainte, tu veilles sur nous.

C'est le signal. Je dois partir. C'était merveilleux d'être avec toi. Je veux te dire aussi, et tu le sais, que la bataille sera difficile : il est possible que cette nuit même je vienne frapper à ta porte.

Et bien que jusqu'à maintenant je n'aie pas été ton ami, quand je viendrai, me laisseras-tu entrer ?

Mais qu'est-ce que cela ? Est-ce que je pleure ?

Mon Seigneur Dieu, tu vois ce qui s'est passé : ce n'est que maintenant que j'ai commencé à voir clair ...

Adieu, mon Dieu, je m'en vais. Il n'est guère possible que je revienne.

Etrange ; la Mort ne m'inspire plus de crainte maintenant."

(Traduit par Jim Christensen du russe vers l'anglais, puis par moi de l'anglais vers le français)

23.2.14

Osez aimer

Osez aimer ; risquez votre sécurité ; exposez votre cœur.

Aimer, c’est être vulnérable. Aimez, et votre cœur sera certainement fendu et peut-être brisé. 

Si vous voulez être certain de le garder intact, vous devez ne donner votre cœur à personne, pas même à un animal. Enveloppez-le soigneusement avec des passe-temps et des petits luxes ; évitez tout enchevêtrement ; enfermez-le en sécurité à l’abri du cercueil de votre égoïsme. Mais dans ce linceul, votre cœur changera. 

Assuré, dans le noir, immobile, privé d’air – votre cœur deviendra impénétrable, irréparable. Le seul endroit en dehors des cieux où vous puissiez être parfaitement à l’abri de tous les dangers et de tous les risques de l'amour… est l’enfer. 

On se rapprochera de Dieu non pas en essayant d’éviter les souffrances inhérentes et propres à l’amour, mais en les acceptant et en les Lui donnant, jetant toute armure défensive. 

S'il faut qu'un coeur se brise, et si Lui permet que cela se fasse de cette manière-là, ainsi soit-il.

-- C.S. Lewis

J'aime un petit enfant

J'aime un petit enfant, et je suis un vieux fou.

- Grand-père ? - Quoi ? - Je veux m'en aller. - Aller où ?
- Où je voudrai. - Partons. - Je veux rester, grand-père.
- Restons. - Grand-père ? - Quoi ? - Pleuvra-t-il ? - Non, j'espère.
- Je veux qu'il pleuve, moi. - Pourquoi ? - Pour faire un peu
Pousser mon haricot dans mon jardin. - C'est Dieu
Qui fait la pluie. - Eh bien, je veux que Dieu la fasse.
- Mais s'il ne voulait pas ? - Moi, je veux. Si je casse
Mon joujou, le bon Dieu ne peut pas m'empêcher.
Ainsi... - C'est juste. Il va peut-être se fâcher,
Mais passons-nous de lui. - Pour qu'il pleuve ? - Sans doute.
Viens, prenons l'arrosoir du jardinier Jacquot,
Et nous ferons pleuvoir. - Où ? - Sur ton haricot.

-- V.Hugo, Toute la lyre